
Emmanuel Macron a insistĂ© sur un point, lors de son allocution du jeudi 12 mars concernant la pandĂ©mie de Covid-19 : « Quand cela est possible, je demande aux entreprises de permettre Ă leurs employĂ©s de travailler Ă distance. » Ajoutez Ă cela des millions dâĂ©lĂšves renvoyĂ©s chez eux et une part croissante de la population confinĂ©e : pour travailler ou se distraire, les citoyens vont-ils mettre Ă lâĂ©preuve la rĂ©sistance de lâInternet français ?
OpĂ©rateurs, datacentres et hĂ©bergeurs â bien que pour lâheure plutĂŽt sereins â sont en tout cas Ă pied dâĆuvre pour Ă©viter toute congestion des connexions et des ralentissements importants.
Records de débit
Dans les pays ou rĂ©gions du globe particuliĂšrement touchĂ©s par la pandĂ©mie, ce surcroĂźt dâactivitĂ© en ligne est dĂ©jĂ mesurable. « Nous avons constatĂ© une augmentation de plus de 70 % du trafic Internet sur notre rĂ©seau fixe, avec une forte contribution des jeux en ligne tels que Fortnite », a dĂ©clarĂ© le directeur gĂ©nĂ©ral de Telecom Italia, Luigi Gubitosi, citĂ© par Bloomberg.
Plusieurs nĆuds dâĂ©change dâInternet ont rapportĂ© des niveaux inĂ©dits de dĂ©bits ces derniers jours
Bien que lâactivitĂ© sur lâInternet français ne se soit pas encore accrue, certains signes sont rĂ©vĂ©lateurs. Plusieurs nĆuds dâĂ©change dâInternet, oĂč sâinterconnectent par exemple fournisseurs dâaccĂšs Ă Internet et de contenus â ce qui ne concerne pas la France en particulier â, ont rapportĂ© des niveaux inĂ©dits de dĂ©bits ces derniers jours. Le nĆud DE-CIX, Ă Francfort, en Allemagne, a ainsi annoncĂ© avoir battu un record mondial de dĂ©bit bien plus tĂŽt que lâĂ©volution de son trafic de ces derniers mois ne le laissait prĂ©sager. Plusieurs autres nĆuds europĂ©ens importants ont Ă©galement rapportĂ© des dĂ©bits plus importants quâĂ lâaccoutumĂ©e.
Chez Telehouse, une entreprise parisienne oĂč sâinterconnectent plusieurs centaines dâentreprises dâInternet â un des principaux nĆuds dâInternet en Europe â, on a assistĂ©, entre le 28 fĂ©vrier et le 6 mars, Ă un « doublement des demandes de connexions » entre ses clients, rĂ©vĂšle au Monde le directeur adjoint de lâentreprise, Sami Slim. Un pic dâactivité « inhabituel » à cette pĂ©riode de lâannĂ©e, selon lui.
« Se préparer à un choc »
Chez Equinix, un des gĂ©ants de lâhĂ©bergement de donnĂ©es, on tĂ©moigne aussi dâun changement de stratĂ©gie rĂ©cent des entreprises clientes. « On nâa encore rien vu dâinhabituel en Europe, mais en Asie on a Ă©tĂ© alertĂ©s sur une augmentation des modifications dâarchitecture dâinformation », relate Fabien Gautier, directeur du dĂ©veloppement. ConcrĂštement, cela signifie que fournisseurs dâaccĂšs Ă Internet, gĂ©ants du numĂ©rique et entreprises qui constituent lâinfrastructure de base dâInternet semblent anticiper une augmentation des donnĂ©es Ă traiter. « Il y a un mouvement de consolidation de lâinfrastructure du paquebot du numĂ©rique français, qui se prĂ©pare Ă un choc. Câest rassurant, les acteurs se sont prĂ©parĂ©s », poursuit M. Slim.
Pour assurer la continuitĂ© de leurs services, certaines entreprises du secteur ont aussi mis en place des mesures pour Ă©viter que leurs salariĂ©s soient contaminĂ©s par le virus. « Nous avons huit bĂątiments sur Paris qui hĂ©bergent les systĂšmes de mille clients. Nous faisons tout pour que le personnel de chaque zone nâait pas Ă se dĂ©placer dans une autre », explique par exemple M. Gautier. Au lieu de laisser ses clients dĂ©pĂȘcher des Ă©quipes dans ses infrastructures pour des installations ou maintenances, Telehouse a dĂ©cidĂ© de mettre Ă disposition son propre personnel dĂ©jĂ sur place et prĂ©sent vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
« Aucun souci » chez les FAI
Du cĂŽtĂ© dâOrange, Bouygues ou SFR, fournisseurs dâaccĂšs Ă Internet (FAI), on reste trĂšs confiant face Ă la montĂ©e en puissance des connexions Internet Ă des horaires de bureau. « Nous sommes dĂ©jĂ bien dimensionnĂ©s pour le pic de connexion habituel en fin de journĂ©e et les week-ends, oĂč le grand public peut se connecter Ă des applications gourmandes en donnĂ©es, rassure Jean-Paul Arzel, directeur rĂ©seau chez Bouygues Telecom. Il nây aura donc aucun souci pour accueillir plus de connexions en journĂ©e liĂ©es au tĂ©lĂ©travail. »
MĂȘme son de cloche chez Orange : « Nos rĂ©seaux savent supporter les Ă©vĂ©nements Ă trĂšs forte audience, comme les matchs de foot Ă grande visibilitĂ© ou des sĂ©ries comme Game of Thrones⊠La charge liĂ©e au tĂ©lĂ©travail est relativement modĂ©rĂ©e (tĂ©lĂ©phone, Ă©change de fichiers, etc.). Il nây a pas dâinquiĂ©tude pour nos clients sâils doivent tĂ©lĂ©travailler ou bien passer plus de temps Ă la maison et regarder davantage de contenus durant la journĂ©e. »
Du cĂŽtĂ© de SFR, on estime que « cette situation ne correspond pas Ă une augmentation de trafic Ă proprement parler mais plus Ă un dĂ©port â le lieu de travail vers le domicile â, Ă lâinstar de ce que lâon a pu observer cet hiver pendant les grĂšves ».
Dâautant que les fournisseurs dâaccĂšs ont des marges de manĆuvre : selon lâAutoritĂ© de rĂ©gulation des communications Ă©lectroniques et des postes, ils sont en capacitĂ© dâabsorber un trafic de lâordre de 35 tĂ©rabits par seconde. La quantitĂ© de donnĂ©es entrant actuellement dans lâHexagone est bien infĂ©rieure, de lâordre de 14 tĂ©rabits par seconde.







